Senez 9 (1990)

Date de publication: 1990
ISSN: 84-7086-266-9
D.L.: S.S. 748/9
184 pp.


Tous les articles de ce numéro ont été publiés en Basque.


Traduction: Kattalin Totorika

La traduction en castillan occupe, ces derniers temps, une place de plus en plus importante dans le champ de la traduction basque, c'est pourquoi il nous a semblé intéressant de lui consacrer une place toute particulière dans ce numéro de SENEZ, même si cette place est réduite, afin que tout soit dit sur le sujet. En outre, il ne faut en aucun cas négliger l'importance qu'a pour nous, traducteurs basques, ce nouveau secteur que notre métier a investi, car on peut dire d'une certaine manière qu'il est étroitement lié à la normalisation et à la bonne santé de la langue basque. Prenons par exemple un domaine comme l'interprétation, la traduction orale, qui se développe de plus en plus : une société bilingue ne peut en faire l'économie, parce qu'elle est indispensable à son expression et à l'équilibre entre les groupes de locuteurs qui la composent. A l'heure actuelle, dans n'importe quelle célébration, y compris au plus haut niveau dans les manifestations internationales, il est possible de s'exprimer en euskara et d'entendre s'exprimer dans cette langue grâce au travail des interprètes. C'est une réalité aujourd'hui, et pas seulement au Parlement, dans les Assemblées et les Mairies, les palais de justice et l'université, mais aussi dans les conférences, réunions de travail et autres congrès, même si cela ne signifie nullement qu'il ne faille pas renforcer et améliorer cette réalité. Cela étant, trois articles sont consacrés dans ce numéro à l'interprétation que nous pratiquons ici ; il sera question de l'interprétation pratiquée d'une part au Parlement Basque, et d'autre part dans les palais de justice - qui consiste à traduire la plupart du temps du basque en castillan - ; et en troisième lieu, en s'appuyant sur ce qui se pratique dans les congrès et autres séminaires, il s'agira de revenir sur l'interprétation en général, tandis que nous découvrirons, par la voix de quelques interprètes, l'amère réalité qui est la leur.

Dans le même ordre d'idées, nous abordons dans ces pages deux événements qui ont eu lieu récemment, et qui s'inscrivent totalement dans le sujet :

D'une part, la traduction du livre Obabakoak de Bernardo Atxaga. Quelqu'un a considéré que cela était révélateur du fait que la langue et la littérature basques sont en train de déployer leurs ailes ; sans aller jusque-là, cela a pourtant à voir avec le rôle que joue la traduction dans cet épanouissement. Nous proposons un entretien avec Atxaga au sujet de la traduction de son livre, et plus globalement, de la traduction telle qu'elle est pratiquée au Pays Basque.

D'autre part, le procès qu'a dû subir l'auteur d'un article écrit en euskara, par le biais de sa traduction en castillan. En effet, dans la mesure où la situation de notre langue évolue dans le bon sens, l'euskara aura de plus en plus sa place dans le système judiciaire, et il en sera de même pour la traduction, par voie de conséquence, qu'il s'agisse de traductions du castillan en euskara ou l'inverse, comme le montre cet événement. Outre l'article spécifique consacré à ce procès, il faut aussi évoquer ici, à propos de l'interprétation, cet autre article qui offre un point de vue général sur ce qui se passe dans les palais de justice du Pays Basque. Dans le prolongement de cet événement, il ne faut pas oublier que la traduction assermentée sera bientôt pour nous une réalité, car elle aura un rôle à jouer dans le monde judiciaire. Mais nous laisserons cela pour une autre fois.

Nous espérons que le lecteur aura, avec ces cinq articles, matière à réfléchir - un passe-temps qui devient très "tendance" -, et nous ne voudrions pas non plus écarter l'espoir que cela lui donne matière à discussion. En effet, à mesure que l'on s'oriente vers une normalisation des rapports ou des tiraillements entre l'euskara et le castillan - et d'autres langues -, nous, traducteurs basques, devons montrer non seulement que nous savons traduire en basque, mais aussi que nous savons traduire dans d'autres idiomes, et personne se s'étonnera si nous affirmons que ce sera pour beaucoup une nouvelle voie ou un nouveau devoir d'apprentissage. Nous avons commencé et d'autres commenceront à leur tour, et les difficultés majeures que nous avons connues jusqu'ici se poseront à nous d'une autre manière, encore inconnue. Ce qui est dit dans l'entretien à propos de l'impossibilité de traduire le livre d'Atxaga, et au sujet de la traduction de l'article portée en justice nous donnera du grain du moudre ; le défi est là : est-il impossible de traduire à partir de l'euskara ? Ceci fait écho à une question depuis longtemps posée - et résolue - par certains, dans d'autres lieux, dans d'autres réalités, mais peut-être la question aurait dû être posée différemment : sommes-nous capables de traduire à partir de l'euskara ? Nous avons déjà évoqué le débat, car le proverbe dit "à coeur vaillant rien d'impossible", mais la traduction d'Obabakoak nous offre l'opportunité d'y revenir, parce qu'elle sera une occasion manquée - encore une, faudrait-il dire si l'on se souvient de l'article écrit par Koldo Izagirre dans le double numéro de 1989 de cette même revue SENEZ-d'apprendre ou d'analyser comment traduire à partir de l'euskara, non seulement en castillan, mais aussi dans d'autres langues.

Par ailleurs, il y aura aussi matière à lire dans les travaux ponctuels figurant dans ce numéro : la théorie de la traduction de l'humaniste espagnol Baltasar Cespedes, un article sur la vie et l'oeuvre de Gregorio Arrue "premier traducteur professionnel", à l'occasion du centenaire de sa mort, les fluctuations de l'utilisation de la virgule, le caractère organique des textes écrits, et lorsqu'il s'agit de traduire un langage figuré, quelles sont les tendances contradictoires auxquelles nous avons recours, que nous traduisions en euskara ou à partir de l'euskara.

Ainsi, nous serons satisfaits si nous donnons matière à penser aux lecteurs de notre revue. Et encore plus satisfaits si nous leur offrons matière à discussion ; si nous y parvenons les portes de cette revue leur seront grandes ouvertes.