Rencontres en Pologne autour de la Traduction - 2019

Dans le cadre du programme Itzultzaile Berriak (Les nouveaux traducteurs), les rencontres sur la traduction se sont déroulées cette année en Pologne. L’association EIZIE, en collaboration avec Etxepare Euskal Institutua (Institut Basque Etxepare), a mené à bien trois initiatives sous le titre de « La traduction, pont entre les cultures », afin de traiter de l’importance de la traduction dans la littérature (et la culture) basques.


Voyage à Varsovie à la recherche de ponts

Profitant de l’opportunité offerte par le programme «Itzultzaile Berriak» (Nouvelles Traductrices), nous nous sommes rendues à Varsovie en représentation de l’Association EIZIE : trois traductrices, trois parcours et trois points de vue. Arantzazu Royo, Katarzyna Sosnowska et l’auteure de cette chronique, Danele Sarriugarte. Nous ne sommes pas allées toutes seules; Arantzazu, tout comme moi-même, nous avons emporté dans la valise le dernier livre d’Anjel Lertxundi Itzuliz usu begiak (Tournant souvent les yeux), faisant office de mini encyclopédie, en pensant qu’il nous sera utile dans l’approche des multiples aspects que revêt la traduction en langue basque. Katarzyna, de son côté, a amené, un autre ouvrage, celui de Bernardo Atxaga Samotny mężczyzna [à savoir, Gizona bere bakardadean (L’homme dans sa solitude)].

Tout comme le “Berbelitz” de Lertxundi, nous avons atterri à l’aéroport Chopin de Varsovie – Lotsinsky Chopina –, et nous avons ainsi appris qu’en polonais les noms se déclinent. Voilà le premier pont.

Nous avons pris part à trois évènements durant ce voyage de cinq jours. Une bonne proportion, donc. Le lendemain de notre arrivée, nous nous sommes rendues à la Faculté d’Iberystyka – nom que porte le département des langues et cultures de l’État espagnol –, accompagnées par Aitor Arruza, le lecteur d’euskara à l’Université de Varsovie. C’est là que nous avons fait la connaissance des étudiants polonais et ukrainiens qui apprennent l’euskara en ce moment. Après les présentations, nous avons essayé de leur transmettre un aperçu de notre langue et de notre littérature.

 

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Nous leur avons proposé de faire un petit exercice: la traduction en polonais d’un bref passage de mon second roman Azala erre (Brûler la peau). Ce genre de travail a été souvent réalisé dans le cadre des ateliers de traduction organisés par l’Association EIZIE, Idazlea itzultzaileen lantegian (L’écrivain dans l’atelier des traducteurs). Mais dans ce cas, la différence est notoire : les étudiants viennent à peine d’entamer leurs études de basque, ce ne sont pas des traducteurs professionnels, et qui plus est, pour certains, cela a été leur première expérience dans ce genre de travail. Nous avons même eu des surprises. Les étudiants ukrainiens ont voulu traduire le texte en russe : le plurilinguisme est venu se faufiler à notre insu! Et seconde surprise, alors que la réunion touchait à sa fin, les étudiants ont demandé à leur professeur, Aitor, de poursuivre la traduction dans leurs cours de basque. Katarzyna et moi-même nous nous sommes proposées pour les aider dans cette démarche par Skype ou par courriel électronique. Une fois le travail achevé, il pourrait être publié dans le journal de l’université. Contentes d’avoir semé la graine de futurs traducteurs, nous sommes allées découvrir la ville de Varsovie.

Lors de la deuxième journée, nous avons pris part à une rencontre plus officielle, surement la plus officielle. Aitor a organisé une table ronde en partenariat avec l’Institut Cervantes. Autour de la table: Katarzyna, Abel Murcia – le directeur de l’Institut Cervantès de Varsovie, poète et traducteur – eta moi-même. Divers sujets, réflexions et questions ont été abordés ; un peu de tout : le traducteur est-il/elle en plus de traducteur/trice, l’ambassadeur/drice d’une culture ? Le polonais, par exemple, n’est pas une langue minorisée, néanmoins il n’est pas parlé officiellement en dehors des frontières de la Pologne (contrairement à l’espagnol, au français et à l’anglais…). Au moment des interventions du public, les assistants se sont intéressés au travail réalisé par Katarzyna, celle-ci nous a révélé certaines de ses astuces : elle nous a dit, entre autres, que dans ses traductions du basque, compte tenu la structure linguistique particulière de cette langue, elle a changé son mode d’appréhender le texte et qu’elle s’est mise à traduire par paragraphes et non par phrases.

 

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Le troisième jour, un agréable rendez-vous nous attend à l’Association des Traducteurs Littéraires de Pologne (STL). Ils viennent d’inaugurer leur nouveau siège situé dans un quartier tranquille, une grande maison, bien éclairée et quelque peu vide que nous avons emplie de notre présence ainsi que d’aliments et de publications d’ici et de là-bas. Dorota Konowrocka nous a fourni l’information: de l’ensemble des livres publiés en Pologne, la moitié sont des traductions. L’importance de ce volume expliquerait peut-être l’existence de plusieurs associations de traducteurs dans ce pays : outre celle des traducteurs littéraires, les interprètes et les traducteurs d’autres genres disposent également de leurs propres organisations.

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Les traducteurs littéraires polonais conforment un groupe actif. Ils vont diffuser notre entretien à la radio. Arantzazu a présenté l’information concernant le « Recueil des œuvres de la Littérature Universelle ». Pourquoi est-il important de traduire en notre langue de titres de la littérature classique, alors que la majorité des bascophones sont capables de lire en espagnol ou en français ? Parce ce que cela nous est indispensable pour vivre en euskara. Arantzazu a expliqué que, par exemple, dorénavant sa référence sera Gailur Ekaiztsuak, et non Wuthering Heights ou Cumbres Borrascosas. En ce qui me concerne, j’ai exprimé le plaisir que j’ai eu cette année de goûter à l’humour et à la critique sociale acérée de Jane Austen grâce à l’admirable traduction d’Ana Morales (Harrotasuna eta aurrejuzguak).

Comme je l’ai laissé entendre plus haut, certes nous avons travaillé, mais nous avons également profité de notre passage à Varsovie pour visiter la ville. La nouvelle du mois d’octobre dernier, à savoir, l’attribution du Prix Nobel de littérature à Olga Tokarczuk y est très présente. Lors de nos visites aux librairies, les vendeurs nous ont vite abordées, le livre de la lauréate, Flights (traduit par Jennifer Crofton) à la main, en nous disant : « And here’s our Nobel ». Si tout se passe comme prévu, l’année prochaine nous pourrons lire Tokarczuk en euskara, grâce à la bourse Jokin Zaitegi. Souhaitons que l’on tende d’autres ponts à l’avenir.

Danele Sarriugarte Mochales
Décembre de 2019

(Traduction de Edurne Alegria)